Remerciements – Nos anges gardien-nes

par Souâd Belhaddad

Nos anges gardien-nes sont ceux, celles dont la compagnie Vivantes se dit régulièrement  « La chance, la chance qu’on a de les avoir croisé-es sur notre route… » Notre création n’aurait pu atteindre l’exigence qu’on lui prétendait sans leur bienveillance et leurs échanges.

Dorcy Rugamba, auteur, metteur en scène et comédien.
Quand je le rencontre la première fois, je me demande s’il jugera indécent ma volonté de rendre compte de la vie avant… Il entend de suite. Et ne cessera d’être encourageant, discret et solide à la fois, parlant toujours de théâtre, jamais de sociologie. C ‘est un artiste brillant. Au verbe précis, imagé et lucide comme un diamant. Un jour, lors d’une lecture au Centre communataire juif laïc, une spectatrice se lève et propose au public de chanter un poème du célèbre artiste Cyprien Rugamba, disparu pendant le génocide. Sa voix s’élève, forte, intense quand mon téléphone, mis en silencieux, se met à vibrer. C’est un message de Dorcy pour un rendez-vous. A la minute précise où cet hommage chanté était rendu à son père. J’oubliais… Dans la brillance de son verbe, il y a un autre atout : Dorcy a de l’humour.

Vincent Safrat, éditeur social de livres pour enfants à moins d’1 euro
Parmi les premiers anges gardiens de ce projet, Vincent nous a accueillies au château de Buno pour pouvoir travailler. On va le croire aristo !… Il est, en fait, le défenseur de ceux qui ne peuvent accéder au livre. Vincent a une obsession : la lutte contre la pauvreté. Pour lui, ça passe par le livre. Voilà plus de dix ans qu’il a crée Lire c’est partir, une association d’édition de livres à plus que bon marché. Il y a quelques années, l’association a installé son siège au château de Buno, lieu d’accueil de colonies d’enfants qui ne partent jamais en vacances. Le lieu est magique, généreux. C ‘est là que Vincent, ami proche d’amies proches, homme très joyeux, nous a accueillies d’abord pour écrire l’adaptation théâtrale puis en résidence pour répéter. Comment dire notre reconnaissance à cet homme joyeux puisque nous savons que compliments et remerciements l’encombrent ?

Gérard Marcon, directeur de scène
Il a été le premier à qui j’ai raconté mon désir obsédant de ce spectacle. Et à lire le texte enfin écrit. Il a accompagné ce projet avec bienveillance et discrétion et à la fois, de sa genèse à la première présentation d’un work in progress. Il a calmé les doutes quand ils étaient trop vifs par des conseils avisés, et sans aucune démagogie, il a confronté certains de nos fantasmes à la réalité, disant toujours les choses comme elles sont. Quand Juliette, admistratrice, cale sur certains points, il répond, patiemment. Didactique, il transmet, partage. Il nous donne le sentiment d’une grande chance d’être ainsi accompagné. Plus personnellement, il me rappelle, par le son de sa voix, et par cette réserve qui ne l’empêche pourtant pas d’être chaleureux, Serge Daney qui fut mon mentor et a changé le cours de ma vue, durant toutes mes années d’études en cinéma.

Anne Lenoir, directrice du Centre Wallonie Bruxelles & Danièle Vallée, programmatrice du Centre Wallonie Bruxelles.
Voilà ce qu’on appelle une rencontre. Avec ces deux femmes, trois devons nous dire car s’y ajoute Caroline Henriet, elle a eu lieu de suite. On était, certes, très disposées : on adore la Belgique, et le centre Wallonie Bruxelles est comme l’îlot culturel du plat pays en plein cœur de Paris. La programmation du lieu est d’une grande qualité. D’abord dictée par la politesse et les conventions, ma présence aux divers événements est devenue addiction. Pas un seul spectacle sur la dizaine vus en un an dont je ne sois pas sortie , au pire, satisfaite, au mieux, carrément chavirée (comme La nostalgie de l’avenir, adapté de La Mouette de Tchekov mise en scène par Myriam Saduis ou Bob Art de la compagnie de danse Opinion Public).
Anne Lenoir a été d’une écoute et bienveillance à l’égard de notre projet. Pour la 20e commémoration, elle nous a ouvert son lieu pour un débat que la compagnie Vivantes a organisé et qui a été d’une très grande qualité, avec Colette Braeckman, entre autre. En lui redonnant tout son sens, cette femme m’a réconciliée avec une expression que je trouvais désuète : « une grande dame.» Danielle Vallée est une autre de nos anges gardiens. Celle qui destinait initialement sa vie à la danse reste aujourd’hui profondément attachée à la culture qu’elle sert formidablement comme programmatrice. J’aime son sourire timide, et sa force immense. Danielle est venue à Liège pour la première de Rwanda mais avant ? Et puis après. Émue autant que nous de tout ce parcours. Juste merci.

Frédérique Robert, chorégraphe.
Depuis des années, depuis presque toujours, Frédérique danse, Frédérique crée. Appel de dernière minute, Aurore et moi cherchons les gestes et mouvements d’un moment de chorégraphie auquel je tiens énormément. Un pas de deux, une Blanche, une Noire, une moitié l’une de l’autre mais comment représenter sans illustrer trop, dans cette danse ? Frédérique Robert est appelée à la rescousse… Pour avoir travaillé avec elle à diverses reprises, cette chorégraphe n’indique ni ne dirige rien : elle cherche. Et demande qu’on fasse de même (elle n’aime pas qu’on travaille devant miroir. Pourquoi se regarder quand on peut visualiser soi-même ses mouvements ?) Toute sa démarche repose sur cette quête du geste, du mouvement, et l’essence même de la création. Elle conçoit la vie, le monde, les échanges relationnels, essentiellement sous l’angle de la création. Toujours dans la quête. C ‘est rassurant.

Sydney Bernard, metteur en scène, comédien
Sa passion pour le théâtre est totale, entière, soumise même. Sydney a suggéré des pistes dans tout domaine : jeu d’acteur, scénographie, décor, lumière, diffusion… en prenant toujours en compte notre contexte (exigences et délais). Puits de savoir scénique (plus habitué aux méga-productions : metteur en scène de 20.000 lieues sous les mers), il n’a pas ménagé sa disponibilité. D’une rencontre hasardeuse à une camaraderie solidaire. Avec lui, sur le plateau, il n’y pas un problème, mais toujours deux solutions. Il aurait comme un petit côté magicien…

Valérie Baran, directrice du théâtre Le Tarmac
En 2010, je reçois le coup de fil de Valérie Baran, que je ne connais pas et à qui Bernard Magnier (autre ange gardien), journaliste et éditeur, avait parlé de mon premier spectacle Beaucoup de choses à vous djire. Directrice du Tarmac, elle organisait alors le festival Sautes d’humour autour du rire ouvert sur le monde, et sur d’autres cultures. J’ai demandé à passer une audition, elle a cette réponse délicate : «  Je n’aurai pas osé le demander ». J’y tenais pourtant puisque je n’avais qu’un simple dossier de présentation. Seule spectatrice quasiment dans la salle, elle a de suite entendu mon propos. Consciente des faiblesses scéniques du spectacle, je me suis spontanément engagée à le retravailler dare-dare, avant même qu’elle ne le demande. Elle m’a ouvert la maison du Tarmac (maison car l’accueil y est très chaleureux) pour trois soirées qui ont été un franc succès. Encore aujourd’hui, j’éprouve une grande reconnaissance de son audace.
Depuis, je me sens comme un membre de cette tribu du Tarmac, et intervient régulièrement lors de colloques ou/et rencontres littéraires. Il y a une autre chose que je dois à cette femme engagée, à l’intelligence vive, au propos direct, souvent parée de magnifiques boucles d’oreilles et perchée sur de hauts talons : sa façon passionnée et sans concession de défendre une mémoire coloniale trop négligée dans notre pays. Culture et citoyenneté lui sont indissociables.

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