Premières notes

… Etrange d’écrire le mois suivant la création… Toute cette année, depuis mai dernier, n’a été tendu que vers «  ça » : rendre compte de la mémoire des rescapés, rendre compte de la vie d’avant et de la vie tout court.

Étrange de travailler sur un génocide et sortir de cette création avec de la force, de l’envie d’aimer encore plus.

Un journal, habituellement, se rédige au fil du temps. Des répétitions. Étrangement, je n’ai presque rien écrit, pendant ce travail. J’ai toujours écrit, tout le temps, sans cesse, depuis l’enfance. Et là, pour la première fois, très peu de notes.

Sans doute l’échange avec Dorcy, regard extérieur à la mise en scène et lui-même auteur et comédien, et avec Marine, assistante à la mise en scène ont constitué comme un journal de bord.

Le plateau est devenu lui-même ardoise, feuillet, écran d’Ipad, j’y écris, j’efface, je rature, réécris…

Mais, fondamentalement, seuls les mots d’Esther, et la force de sa parole me servent de guide.

J’écris. Des journées entières, des soirées entières, dans un bonheur sans fin… Deux ans que je ne pense qu’à ce moment où je pourrai seulement écrire à nouveau, créer. Et c‘est là, enfin. Jamais un moment de peine, de doute sur ce texte, juste quelques interrogations parfois. Et, exactement comme lorsque j’écoute les musiques de Philip Glass, la sensation durant cette phase d’écriture de plonger dans des eaux profondes, immenses, dans un plaisir infini et sans aucune crainte de me noyer, avec même plutôt le désir de me noyer, dans les mots, les images, les dialogues,…

Les images, elles, viennent très naturellement : le gâteau qui sera sur scène. La voix qui dira, dans l’obscurité, les noms des défunts égrenés. La scène de la danse du personnage avec ses filles. La marche à pied en sur place. Le spectacle, en fantasme, est déjà là. Bêtement, je me demande si c ‘est toujours ainsi…

Durant quelques jours, Marine et moi partons en résidence au Château de Buno*.

2014-02-24 11.46.07

Août/ Nabila Belkacem ou rien…

Direction Bruxelles. Surtout direction Nabila Belkacem. Fondatrice et directrice de Itinérances asbl*, une association belge qui organise des évènements culturels, est un repère dans les projets artistiques que je mène. Elle s’est chargée de la diffusion de Beaucoup de choses à vous djire, en Belgique et en Algérie, notre entente professionnelle est parfaite. Elle a soutenu ce premier spectacle théâtral (humoristique) sur la double culture, franco algérienne, dès ses débuts. Depuis mai, elle suit le travail d’écriture, je lui en lis régulièrement des passages. Je sais que je ne me lancerai pas dans ce projet sans elle. Elle s’engage à m’accompagner, sans même que je ne le lui demande explicitement.

Nous fixons nos premiers rendez-vous en cette fin d’été.

Celui avec Dorcy Rugamba m’impressionne : l’homme est calme, le verbe brillant et sans aucune prétention. Il me dit : «  J’aime que ce projet soit dans la vie. La mort et le mal fascinent tellement. »

Quelques temps plus tard, il m’invitera à assumer la mise en scène, en m’assurant de son soutien et sa présence autant qu’il le pourra. Il explique sa position, de sa voix particulièrement douce : «  La mère d’Esther la portait sur son dos, pendant les premiers progroms, puis Esther, pendant le génocide, a porté elle aussi son bébé sur son dos. Aujourd’hui, je sens qu’à ton tour, tu portes l’histoire d’Esther sur ton dos. Je crois vraiment que tu dois être seule dans cette mise en scène, et même mets en scène ce lien, monte sur scène, présente au public ce personnage, raconte là, assume ça. Puisse d’ailleurs chaque rescapé-e dans sa vie avoir quelqu’un qui porte son histoire, individuellement de cette même façon. »

C‘était au téléphone. Je sens les larmes monter. Comme s’il secouait une intimité depuis longtemps habituée à la solitude et qui, somme toute, y avait trouvé un confort. Il a, en quelques phrases, tout saisi du lien à Esther et de la raison impérative, absolue que j’ai de faire ce travail théâtral. Je me sens, lors de cet échange, mise à nu en même temps comprise comme quasiment par personne, sinon Marie Odile Godard, l’amie qui justement m’avait présentée à Esther il y a dix ans, pour que nous écrivions ensemble. Je réponds à Dorcy que je ne vais pas y arriver seule. Il insiste, avec toujours cette même douceur dans la voix, le propos. Il a confiance et m’en donne.

Je n’ose pas lui dire que j’ai peur. Car j’ai très peur.

Septembre / Rencontre avec des élu-es et directeurs de lieux

La co-production se fera entre France et Belgique. Je veux à tout prix travailler avec la Belgique. Outre que j’aime ce pays, je tiens à un partenariat avec une nation qui a su revisiter son histoire coloniale, à l’égard du Congo et du Rwanda et qui a demandé pardon en 2000 au Rwanda pour avoir mesuré qu’il aurait pu intervenir pour prévenir ce génocide des Tutsi.

Les rencontres se succèdent : élus, échevines, députés, sénateurs, directeurs de théâtre, d’institutions culturelles ou/et de coopération, associations de lutte contre les discriminations,… Ce pays compte de très nombreuses actions contre le racisme et l’antisémitisme, avec outils pédagogiques élaborés.

Nabila obtient des prêts de salles, dont celles de la mission locale de St Gilles et le théâtre du centre culturel Pôle Nord.

Stromae, après une brève rencontre lors d’une signature à la Fnac, nous accorde les droits d’utiliser gracieusement un extrait de sa chanson Alors, on danse *.

* voir rubrique Remerciements – Nos anges gardiens

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s